Le choix du statut est la décision la plus structurante pour un indépendant. Il conditionne le revenu net, la protection sociale, la complexité administrative et la capacité à embaucher, investir, transmettre. Voici le calcul chiffré sur un cas standard : un consultant à 500 € TJM, 15 jours facturés par mois, soit 7 500 € HT mensuels (90 000 € HT annuels).

Le portage salarial

Principe : vous êtes salarié d’une société de portage. Elle facture vos prestations au client, prélève ses frais (5-10 % du CA HT) et les charges sociales patronales, puis vous verse un salaire net.

Calcul sur 7 500 € HT facturés/mois :

Étape Montant
CA HT facturé 7 500 €
Frais de gestion portage (~7 %) -525 €
Base salariale 6 975 €
Charges patronales (~42 %) -2 060 €
Salaire brut 4 915 €
Charges salariales (~22 %) -1 080 €
Salaire net avant impôt ~3 835 €
Après impôt (TMI 30 %, ~15 % taux moyen) ~3 260 €

Pour : protection sociale complète (arrêt maladie, chômage, retraite comme un cadre), quasi aucun administratif, simulation transparente. Idéal pour débuter ou pour missions ponctuelles chez de grands clients qui exigent une facture.

Contre : le plus coûteux fiscalement. ~50 % du CA HT est capté par les charges + frais de gestion.

La micro-entreprise

Principe : régime simplifié. Vous déclarez votre CA, l’URSSAF calcule les cotisations sur ce CA (21,2 % en prestation de services BIC / 21,1 % en libéral BNC). L’impôt sur le revenu s’applique après abattement forfaitaire (50 % en BIC services, 34 % en BNC).

Plafond CA : 77 700 € HT/an pour les prestations de services (2025-2026). Au-delà, sortie du régime.

Calcul sur 7 500 € HT/mois (90 000 € HT/an — dépasse le plafond, à réduire à 6 475 € HT/mois pour rester sous) :

Prenons plutôt 6 000 € HT/mois (72 000 €/an), sous plafond :

Étape Montant
CA HT 6 000 €
Cotisations URSSAF (BIC 21,2 %) -1 272 €
CFP -30 €
Net avant impôt ~4 700 €
Après IR (TMI 30 % sur 50 % de CA) ~3 800 €

Sur 7 500 € HT/mois (dépasse plafond), à réduire ou changer de statut.

Pour : simplicité maximale (déclaration mensuelle en 5 minutes), pas de comptable, TVA en franchise jusqu’aux seuils. Meilleur rapport CA/net sous le plafond.

Contre : plafond de CA, protection sociale minimale (pas de chômage, indemnités journalières faibles), pas de déduction des frais réels (matériel, coworking, formation), image parfois moins pro auprès de grands clients.

L’EURL (ou SASU) à l’IS

Principe : société unipersonnelle, vous êtes gérant. Vous vous rémunérez en salaire (charges sociales) + dividendes (fiscalité capital, PFU 30 %).

Calcul optimisé sur 7 500 € HT/mois (90 000 €/an) :

Stratégie classique : salaire minimum pour la protection sociale (~1 500 € brut, ~1 200 € net) + dividendes du reste.

Étape Montant annuel
CA HT 90 000 €
Charges (comptable, assurances, bureau) -6 000 €
Base bénéfice 84 000 €
Rémunération dirigeant (brut) -18 000 €
Charges sociales sur rémunération (~45 % pour EURL TNS) -8 100 €
Bénéfice imposable IS 57 900 €
IS (15 % jusqu’à 42 500 €, 25 % au-dessus) -10 220 €
Bénéfice après IS distribuable 47 680 €
Dividendes après PFU 30 % 33 380 €
Total net dirigeant : rémunération nette + dividendes nets ~9 800 + 33 380 = 43 180 €, soit ~3 600 €/mois

Hors optimisations (frais réels, épargne salariale d’entreprise, PER individuel déductible…), qui peuvent augmenter le net de 5-15 %.

Pour : flexibilité optimale au-delà de 80-100 k€ CA, déduction des frais réels, possibilité d’accumuler du capital dans la société pour investir.

Contre : complexité administrative (bilan annuel, AG, PV, statuts), comptable obligatoire (~1 500-3 000 €/an), TNS = protection sociale à trous, plus de risques en cas d’erreur de gestion.

Le tableau comparatif

Sur 7 500 € HT / mois, TMI 30 % (attention : la micro est à réduire pour rester sous plafond) :

Statut Net mensuel disponible Complexité Protection sociale
Portage salarial ~3 260 € Faible Complète (cadre)
Micro (limité à ~6 k€) ~3 800 € Très faible Minimale
EURL à l’IS optimisée ~3 600 € Élevée TNS moyenne

Le micro reste le plus rentable “brut de complexité”, mais son plafond en fait un régime de démarrage, pas un régime durable pour un CA > 80 k€.

Les critères de décision au-delà du calcul

  • Sécurité recherchée : portage si vous voulez du chômage et une couverture cadre. Micro/EURL si vous préférez optimiser.
  • Volume attendu : < 60 k€ CA → micro. 60-100 k€ → micro ou EURL. > 100 k€ → EURL/SASU quasi obligatoire.
  • Frais professionnels : élevés (matériel, coworking, formation, sous-traitance) → EURL pour déduire. Faibles → micro.
  • Client B2B grand compte : préfère souvent EURL/SASU (rassurance juridique).
  • Épargne retraite : PER Madelin en TNS (EURL) permet de déduire des versements retraite importants.

Le point aveugle : la protection sociale

En micro et EURL (TNS), les indemnités journalières en cas d’arrêt maladie sont plafonnées à un niveau très bas (~55 €/jour maximum en fonction du CA). Comptez une prévoyance privée (~100-200 €/mois) pour maintenir un revenu correct en cas de coup dur. Le portage n’a pas ce problème (indemnités salariales).


Un simulateur complet de comparaison des 3 statuts est en préparation. En attendant, testez le net micro-entrepreneur et le net cadre salarié pour un ordre de grandeur. Pour la partie retraite, l’article PER : combien économisez-vous vraiment ? détaille le levier fiscal disponible en TNS.

Questions fréquentes

Peut-on cumuler micro-entreprise et salariat ?

Oui, sous réserve de deux conditions : votre contrat de travail ne l'interdit pas (clause d'exclusivité), et votre activité indépendante ne concurrence pas directement votre employeur. L'obligation de loyauté reste applicable. Les cotisations sociales sont dues sur chaque activité, sans mutualisation.

L'EURL et la SASU, quelle différence pour un indépendant ?

Le gérant d'EURL relève du régime social des travailleurs non-salariés (TNS) : cotisations plus faibles (~45 %) mais couverture chômage nulle et retraite moins avantageuse. Le président de SASU est assimilé-salarié : cotisations élevées (~80 %) mais couverture proche du salariat. La SASU est privilégiée si vous rémunérez un dirigeant, l'EURL si vous privilégiez les dividendes.

La TVA en portage salarial est-elle transparente pour le client ?

Oui, la société de portage facture avec TVA (20 %) comme n'importe quel prestataire. Le client B2B assujetti la récupère normalement. Le consultant porté n'a pas à gérer la TVA lui-même : c'est la société de portage qui la collecte et la reverse.

Peut-on passer de micro à EURL sans fermer et rouvrir ?

Oui, via une procédure d'apport à société : vous conservez votre numéro SIREN et transformez la personne physique en personne morale. En pratique, la plupart des indépendants ferment la micro et créent une société ex nihilo, plus simple juridiquement. Anticipez 3 à 6 mois pour la transition.

Le portage salarial ouvre-t-il des droits au chômage ?

Oui, à l'identique d'un salarié classique : cotisations Pôle emploi versées sur le salaire brut, ouverture de droits ARE selon les règles de droit commun (durée cotisée, motif de fin de mission). C'est le principal argument du portage face à la micro et à l'EURL, qui n'offrent pas cette couverture.

Sources