Le Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU), dit flat tax, est le régime par défaut depuis 2018 pour la plupart des revenus mobiliers : 12,8 % d’impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux = 30 %. Mais l’option pour le barème progressif reste ouverte chaque année. Selon votre TMI et la composition de vos revenus de capitaux, l’un ou l’autre régime peut coûter plusieurs centaines d’euros de plus. Cet article détaille les cas gagnants, les pièges et la mécanique complète.

Le PFU en trois lignes

Le PFU s’applique par défaut aux :

  • Dividendes d’actions françaises et étrangères,
  • Intérêts de comptes à terme, obligations, livrets bancaires fiscalisés (super-livret, PEL ouvert depuis 2018 après 12 ans),
  • Plus-values mobilières de cession de titres détenus sur un CTO.

Taux : 12,8 % d’IR + 17,2 % de PS = 30 % — appliqué au montant brut, sans abattement.

Le barème progressif : mécanique 2026

Sur option globale (case 2OP), l’ensemble de vos revenus de capitaux mobiliers est réintégré à votre revenu imposable, taxé selon le barème progressif :

Tranche de RNI 2026 (revenus 2025) Taux marginal
0 → 11 497 € 0 %
11 497 → 29 315 € 11 %
29 315 → 83 823 € 30 %
83 823 → 180 294 € 41 %
> 180 294 € 45 %

Trois avantages exclusifs au barème :

  1. Abattement de 40 % sur les dividendes d’actions françaises et européennes éligibles.
  2. CSG déductible à hauteur de 6,8 % (réduit l’impôt de l’année suivante).
  3. Application de votre TMI réelle — souvent inférieure à 12,8 % pour les foyers modestes.

Cas n°1 — TMI à 0 %

Vous ne payez pas d’impôt sur le revenu. Le PFU vous coûte inutilement 12,8 % d’IR sur vos revenus de capitaux. L’option pour le barème est quasi-systématiquement gagnante — vous n’acquittez alors que les 17,2 % de prélèvements sociaux.

Sur 1 000 € de dividendes :

  • PFU : 300 € d’imposition totale.
  • Barème : 172 € de PS uniquement. Économie : 128 €.

Cas n°2 — TMI à 11 %

Le calcul est plus fin. Sur 1 000 € de dividendes avec abattement 40 % :

  • Base imposable au barème : 600 € × 11 % = 66 € d’IR.
  • Prélèvements sociaux sur 1 000 € : 172 €.
  • CSG déductible qui viendra réduire l’IR N+1 : 68 € × 11 % = ~7 € d’économie future.
  • Coût total net barème : ~231 €.
  • PFU : 300 €. Économie barème : ~69 €.

Le barème reste gagnant à 11 % dès qu’il y a des dividendes. Pour des intérêts purs (sans abattement de 40 %), l’écart est plus faible mais reste favorable au barème.

Cas n°3 — TMI à 30 %

Sur 1 000 € de dividendes :

  • Base au barème : 600 € × 30 % = 180 € d’IR.
  • PS : 172 €.
  • CSG déductible N+1 : 68 € × 30 % = ~20 €.
  • Coût net barème : ~332 €.
  • PFU : 300 €. Le PFU l’emporte de ~32 €.

Sur des intérêts purs (livret bancaire, obligation), le barème à 30 % coûte 30 % + 17,2 % - CSG déductible ≈ 47,2 % brut — bien plus que 30 %. PFU largement gagnant.

Cas n°4 — TMI 41 % et 45 %

Le barème est presque toujours perdant. Seul cas particulier : dividendes très importants combinés à des charges déductibles massives via l’option — situation rarissime chez un particulier non entrepreneur.

Le tableau récapitulatif

Profil Régime optimal (à titre indicatif)
TMI 0 % Barème
TMI 11 % avec dividendes Barème
TMI 11 % intérêts uniquement Barème (marginal)
TMI 30 % intérêts PFU
TMI 30 % dividendes uniquement PFU (léger)
TMI 41 % ou 45 % PFU

Le piège de l’option globale

Cocher la case 2OP applique le barème à tous vos revenus mobiliers de l’année : dividendes, intérêts, plus-values mobilières. Si vous avez à la fois des dividendes (favorables au barème via l’abattement 40 %) et des plus-values importantes (sans abattement, sauf titres détenus avant 2018), le calcul global peut basculer contre vous.

À faire avant de cocher : simuler chaque poste séparément et globalement dans le simulateur officiel impots.gouv.fr ou avec un conseiller.

Plus-values de cession : le cas des abattements pour durée de détention

Pour les titres acquis avant le 1er janvier 2018, l’option pour le barème peut faire ressusciter des abattements pour durée de détention (50 % après 2 ans, 65 % après 8 ans) uniquement disponibles au barème. Sur une plus-value ancienne significative, cela peut rendre le barème gagnant même à TMI 41 %.

L’impact sur la TMI marginale

Réintégrer 10 000 € de revenus mobiliers peut faire franchir un seuil de tranche. Un couple à 28 000 € de RNI ajoute 10 000 € de dividendes bruts (6 000 € après abattement) : il traverse la limite de 29 315 € et une partie des revenus est taxée à 30 % et non plus à 11 %. Le calcul reste souvent favorable au barème dans ces cas mais nécessite une simulation.

Simulation express avec nos outils

Le simulateur d’impôt sur le revenu inclut les tranches 2026 et permet de comparer rapidement l’impact d’une base imposable augmentée par des dividendes ou des intérêts. Combinez-le au simulateur du quotient familial pour intégrer le plafonnement à 1 793 € par demi-part supplémentaire.

Ce que le PFU ne concerne pas

Assurance-vie : fiscalité spécifique avec abattement de 4 600 € (célibataire) ou 9 200 € (couple) sur les gains après 8 ans. Voir assurance-vie vs PEA.

PEA : exonération d’IR après 5 ans, seuls 17,2 % de PS restent dus. Voir CTO vs PEA vs assurance-vie.

Livrets réglementés (Livret A, LDDS, LEP) : totalement exonérés. Voir livrets réglementés en 2026.

Cryptoactifs : le PFU s’applique aux plus-values occasionnelles mais la déclaration passe par le formulaire spécifique et les comptes étrangers via le 3916-bis. Voir crypto fiscalité France 2026.

Méthodologie et limites

Les calculs présentés supposent un revenu de capitaux marginal ne modifiant pas la TMI (sauf mention). Les seuils exacts du barème 2026 s’appliquent aux revenus de 2025 déclarés en 2026. La CSG déductible constitue un décalage de trésorerie : l’économie apparaît sur l’impôt de l’année suivante. Toutes les comparaisons sont indicatives — le régime optimal dépend de votre situation globale, à évaluer avec un conseiller fiscal.

Questions fréquentes

L'option pour le barème peut-elle porter uniquement sur les dividendes ?

Non. Depuis 2018, l'option est globale et s'applique à l'ensemble des revenus de capitaux mobiliers (dividendes, intérêts, plus-values de cession de valeurs mobilières) de l'année. Elle est irrévocable pour l'exercice concerné et se coche au moment de la déclaration de revenus (case 2OP).

L'abattement de 40 % sur dividendes s'applique-t-il au PFU ?

Non. Il ne s'applique que dans le cadre du barème progressif. C'est l'un des arguments clés en faveur du barème pour les foyers à TMI 0 % ou 11 % percevant des dividendes significatifs.

La CSG est-elle partiellement déductible dans les deux régimes ?

Non. La CSG déductible (6,8 %) n'est déductible du revenu imposable que si vous avez opté pour le barème. Sous PFU, l'intégralité des 17,2 % de prélèvements sociaux est acquittée sans déduction ultérieure.

Puis-je changer d'année en année ?

Oui. L'option est prise annuellement à la déclaration. Vous pouvez basculer PFU une année et barème l'année suivante selon l'évolution de votre TMI et de la composition de vos revenus de capitaux.

Le PFU s'applique-t-il aux gains d'assurance-vie et PEA ?

L'assurance-vie a sa propre fiscalité (PFU 30 % avant 8 ans, PFL 24,7 % après 8 ans avec abattement de 4 600 € ou 9 200 €). Le PEA est exonéré d'IR après 5 ans (seuls les 17,2 % de PS restent dus). Le PFU classique concerne principalement le CTO, les livrets bancaires fiscalisés et les dividendes d'actions détenues hors enveloppe.

Sources