Avec l’entrée en application complète du règlement européen MiCA (Markets in Crypto-Assets) au 30 décembre 2024, la France a stabilisé un cadre réglementaire pour les cryptomonnaies. Mais la fiscalité, elle, n’a pas changé en profondeur : le régime des « actifs numériques » reste principalement défini à l’article 150 VH bis du CGI. Voici, en 2026, ce qu’un particulier français doit savoir sur ses obligations fiscales — sans langue de bois, avec exemples chiffrés.

Le régime de base : le PFU 30 %

Pour un particulier « investisseur occasionnel », les plus-values de cession d’actifs numériques (Bitcoin, Ether, altcoins, stablecoins…) sont soumises au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % (12,8 % d’impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux).

Le fait générateur est la cession contre monnaie ayant cours légal (euro, dollar, yen…) ou l’utilisation d’un actif numérique pour acheter un bien ou un service. Payer un café en bitcoin est donc, techniquement, un fait générateur d’imposition.

Les échanges crypto-crypto ne sont pas imposables pour un particulier occasionnel (loi PACTE, 2019). Vous pouvez arbitrer BTC → ETH → SOL → USDC sans déclarer, tant que vous ne convertissez pas en euros.

Le calcul de la plus-value : la formule officielle

La méthode officielle utilise la formule :

PV = Prix de cession − (Prix total d’acquisition × Prix de cession / Valeur globale du portefeuille au moment de la cession)

Autrement dit, chaque cession partielle est imposée au prorata de la plus-value latente globale du portefeuille au moment de la vente. C’est un calcul pénible à faire à la main dès qu’on a plus de 5-10 transactions.

Outil recommandé : Waltio, Koinly, Blockpit ou Cointracking. Ces logiciels agrègent les mouvements de tous vos exchanges et wallets, appliquent la formule officielle, et génèrent le formulaire 2086 prêt à joindre à la déclaration.

Exemple chiffré

Marie a acheté 5 000 € de BTC en 2023 (à 25 000 €/BTC, soit 0,2 BTC), puis 3 000 € d’ETH en 2024. En janvier 2026, elle vend 4 000 € de BTC. Son portefeuille total valait 18 000 € au moment de la vente.

Prix total d’acquisition : 8 000 € Prix de cession : 4 000 € Portefeuille valorisé : 18 000 €

PV = 4 000 − (8 000 × 4 000 / 18 000) = 4 000 − 1 778 = 2 222 €

Impôt (PFU 30 %) : 667 €.

L’option barème IR : pour qui ?

Depuis 2023, il est possible d’opter pour l’imposition au barème progressif de l’IR au lieu du PFU. Pertinent uniquement si votre TMI est de 0 ou 11 % :

  • TMI 0 % + PS 17,2 % = 17,2 % (contre 30 % en PFU)
  • TMI 11 % + PS 17,2 % = 28,2 %
  • TMI 30 % ou plus → PFU reste plus avantageux

L’option est globale pour l’ensemble des revenus de capitaux mobiliers de l’année, y compris ceux d’un CTO ou d’un livret ordinaire. Réfléchissez avant de cocher la case.

Les moins-values : attention à la limitation

Une moins-value crypto de l’année s’impute uniquement sur les plus-values crypto de la même année. Contrairement aux actions, elle n’est pas reportable sur les années suivantes.

Conséquence pratique : réalisez vos moins-values la même année que vos plus-values pour compenser. Un investisseur qui subit une grosse moins-value en 2026 sans plus-value la même année la perd fiscalement.

L’obligation de déclaration : 3916-bis

Tout compte ouvert, détenu ou clôturé dans l’année sur une plateforme d’échange étrangère doit être déclaré sur le formulaire 3916-bis, annexé à la déclaration de revenus. Cela concerne :

  • Binance, Kraken, Coinbase, Bitpanda, Kucoin, Bitfinex, OKX, etc.
  • Les wallets custodial étrangers.

Non concernés : les wallets non-custodial (MetaMask, Ledger, Trezor…) qui ne sont pas des « comptes ouverts auprès d’une entité tierce ».

Sanction : 750 € par compte non déclaré (1 500 € si valorisation du compte > 50 000 €), portée à 10 000 € dans les États non coopératifs. Amende due même en l’absence totale de plus-value.

Le staking : zone grise persistante

L’administration fiscale considère que le staking est un revenu (rémunération d’un service rendu au protocole). Position prudente :

  • Évaluer la valeur en euros de chaque récompense au jour de perception.
  • Les déclarer en BNC (Bénéfices Non Commerciaux) dans la catégorie des revenus de services.
  • Régime micro-BNC accessible si les revenus annuels < 77 700 € (abattement forfaitaire 34 %).

Une position alternative (imposition à la seule cession finale) existe dans certains cabinets fiscalistes, mais reste juridiquement fragile.

Les NFT : le flou juridique

Trois régimes coexistent selon la qualification retenue :

  • Actif numérique fongible (PFU 30 %) si l’administration assimile aux cryptos.
  • Œuvre d’art (taxe forfaitaire 6,5 % ou barème PV mobilière) si NFT artistique.
  • BNC si activité habituelle de création/revente.

Chaque cession de NFT importante mérite un rescrit fiscal ou l’avis d’un fiscaliste spécialisé.

MiCA : ce qui change en 2026 en France

Depuis le 30 décembre 2024, MiCA remplace progressivement le régime français PSAN. Effets pratiques pour un particulier :

  • Les plateformes doivent obtenir un agrément CASP européen (jusqu’ici PSAN).
  • Les stablecoins sont désormais encadrés (obligation de réserves, transparence).
  • Publicités et démarchage sont plus strictement encadrés (fin des influenceurs crypto non enregistrés).

Fiscalement, rien ne change : MiCA est un règlement prudentiel, pas fiscal.

Les erreurs à éviter en 2026

  1. Oublier le formulaire 3916-bis. Erreur la plus fréquente et la plus coûteuse.
  2. Ne pas suivre les moins-values (perte fiscale sèche).
  3. Compter sur les logiciels sans vérifier les données importées (les APIs d’exchanges sont parfois incomplètes).
  4. Confondre PSAN et CASP (le PSAN devient obsolète, seul CASP existe en 2026).
  5. Payer en crypto sans déclarer le fait générateur (chaque transaction est théoriquement imposable).

Comparer avec les autres enveloppes

À rendement égal, un ETF Bitcoin acheté via PEA (peu disponible en 2026) ou CTO offre une fiscalité plus simple que la détention directe (déclaration simplifiée, pas de calcul de plus-value au prorata). Pour un investisseur ne cherchant pas la garde autonome, ces enveloppes structurées peuvent être plus adaptées.

Pour un cadre global sur les enveloppes d’investissement, voir Assurance-vie vs PEA en 2026 et Investir en Bourse quand on débute : le guide honnête 2026.

Ce que cet article ne couvre pas

  • Le statut de professionnel (activité habituelle, imposition BIC, cotisations sociales).
  • Les mineurs (rémunération BIC ou BNC selon usage).
  • Les DAO / gouvernance tokens avec droits économiques (fiscalité en cours de définition).

Cet article est fourni à titre informatif. La fiscalité des actifs numériques évolue rapidement et comporte de nombreuses zones grises. Pour toute cession importante ou stratégie complexe (staking, DeFi, NFT), consultez un avocat fiscaliste ou expert-comptable spécialisé en actifs numériques.

Questions fréquentes

Quand suis-je imposé sur mes cryptos ?

Uniquement lors d'une cession contre une monnaie ayant cours légal (euro, dollar) ou d'un achat de bien ou service en crypto. Les échanges crypto-crypto (par exemple BTC contre ETH) sont neutres fiscalement pour un particulier occupasionnel depuis 2019. Détenir sans vendre = zéro imposition, quelle que soit la valorisation.

Quel est le taux d'imposition en 2026 ?

Pour un particulier occasionnel : PFU de 30 % (12,8 % IR + 17,2 % PS) sur la plus-value nette annuelle. Option pour le barème IR possible depuis 2023 (utile si TMI 0 ou 11 %). Les moins-values de l'année sont imputables sur les plus-values de même nature, mais **ne sont pas reportables** sur les années suivantes — c'est une spécificité crypto par rapport aux actions.

Faut-il déclarer mes comptes crypto étrangers ?

Oui, obligatoirement, dès qu'ils sont détenus, ouverts ou clôturés dans l'année, via le formulaire 3916-bis. Cela concerne Binance, Kraken, Coinbase, Bitpanda, Kucoin, etc. Non-déclaration : amende de 750 € par compte (1 500 € si comptes &gt; 50 000 €), portée à 10 000 € dans les États non coopératifs. Sanction indépendante du fait qu'il y ait ou non plus-value.

Comment le staking est-il imposé ?

L'administration fiscale considère le staking comme un revenu (rémunération de service). Deux positions coexistent : certains contribuables déclarent au moment de la perception (BNC), d'autres n'imposent qu'à la cession finale (position moins sécurisée). En attente de clarification légale, la position prudente consiste à évaluer la valeur en euros au jour de perception et à l'intégrer dans les BNC.

Les NFT sont-ils fiscalisés comme les cryptos ?

L'administration fiscale n'a pas tranché uniformément. Trois régimes possibles selon l'usage : PFU (si assimilé à un actif numérique fongible), régime des œuvres d'art (avec taxe forfaitaire 6,5 % sur la vente), ou BNC (si activité habituelle). La sécurité juridique est faible : consultez un fiscaliste spécialisé avant toute cession importante.

Sources